Être réanimé ou pas?

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La mort est une habituée des unités de soins intensifs. Elle s’invite dès que l’on décide de débrancher un appareil essentiel au maintien des fonctions vitales d’un patient. Jusqu’où doit-on pousser les soins avant de se résigner à poser ce geste? Voilà une question délicate qui interpelle les patients, leurs proches et les médecins, mais que l’on pose trop souvent une fois que la spirale des soins est enclenchée. Dans un récent article paru dans PLOS ONE, Patrick Archambault, de la Faculté de médecine, et son équipe relatent les grandes lignes d’un projet qu’ils ont mené sur le sujet et qui montre qu’il reste beaucoup de travail à faire pour changer les choses.

Dès son admission aux soins intensifs, chaque patient devrait établir avec le médecin intensiviste les limites des soins qu’il veut recevoir, notamment en ce qui a trait aux interventions comme la réanimation cardiorespiratoire et la ventilation mécanique, rappelle le professeur Archambault, qui est aussi urgentologue et intensiviste au CISSS de Chaudière-Appalaches. La discussion devrait toucher aux valeurs et aux préférences du malade ainsi qu’aux données probantes portant sur les bénéfices et les risques de ces interventions. «Nous essayons d’avoir cette discussion, mais, en pratique, ce n’est pas toujours possible, même lorsque les patients sont conscients et lucides, reconnaît-il. Il existe des outils pour faciliter ces discussions, mais ils requièrent beaucoup de temps et ils ne sont pas adaptés au contexte local.»

Pour pallier ces lacunes, Patrick Archambault a piloté un projet visant à doter l’Unité de soins intensifs de l’Hôtel-Dieu de Lévis d’un outil d’aide à la décision en réanimation cardiorespiratoire. «Notre prémisse était qu’un outil qui va droit au but et qui tient compte des besoins locaux serait davantage utilisé, explique-t-il. Nous avons adapté un outil développé en Ontario en utilisant une plateforme collaborative wiki de façon à tenir compte des commentaires des patients, de leurs proches et du personnel soignant», précise-t-il.

Pour réaliser ce travail, Ariane Plaisance, anthropologue et étudiante-chercheuse en santé communautaire à la Faculté de médecine, a passé plusieurs semaines à observer la dynamique de travail et les interactions au sein de cette communauté de malades et de soignants. «Au départ, j’ai eu un choc culturel, comme si j’étais débarquée en Inde, se souvient-elle. Le personnel médical utilise un langage que je ne comprenais pas et que les patients ne comprenaient pas, eux non plus. C’est aussi très déstabilisant de voir tous ces malades, la plupart très âgés, maintenus en vie à l’aide de machines. Je ne pouvais m’empêcher de me demander: est-ce vraiment ce qu’ils souhaitent?»

Pour l’histoire complet, veuillez visiter lefil.ulaval.ca