Le poids des larmes, la force des mains ; la flamme que nous avons emportée

Categories: Opinion.

The weight of tears, the strength of hands; the flame we carried with us. (Scroll down for English Translation.)

Il est des lieux où l’on n’entre pas simplement avec ses pas, mais avec son âme.

L’Ouganda fut pour moi cet espace suspendu entre la vie et ce qui lui échappe. J’y suis arrivé avec des certitudes de soignant. J’en suis reparti avec des silences, des visages, et cette étrange sensation d’avoir enfin compris ce que signifie vraiment “prendre soin”.

Car ici, la médecine ne lutte plus contre l’inévitable.
Elle apprend à l’accompagner.

Dans les couloirs d’Hospice Africa Uganda, la douleur n’est pas un cri étouffé, elle est entendue, regardée, accueillie. Et dans cette reconnaissance naît quelque chose de rare : la dignité.

J’ai vu des mains qui ne cherchaient plus à sauver à tout prix, mais à apaiser.
Des regards qui ne fuyaient pas la fin, mais l’illuminaient d’une présence.
Des soignants qui avaient compris que parfois, guérir n’est plus possible… mais aimer, toujours.

Et alors, tout change.

La maladie cesse d’être un combat.
Elle devient un passage.

Les corps, fatigués, continuent de parler autrement.
Les silences prennent la parole.
Et dans ces silences, j’ai appris davantage que dans bien des livres.

J’ai compris que la douleur n’est jamais seulement celle du corps.
Elle s’insinue dans l’histoire d’une vie, dans les liens, dans les peurs, dans ce qui reste à dire et ce qui n’a jamais été dit.

C’est ce que les soins palliatifs nomment, avec une justesse presque poétique : la douleur totale.

Mais face à cette immensité, il n’y avait ni peur, ni fuite.
Il y avait des gestes simples.
Une main posée.
Un regard qui rassure.
Une présence qui dit cent mots : tu n’es pas seul.

Et cela suffisait parfois à alléger le monde.

Un soir, nous avons reçu chacun une bougie.

Une flamme fragile, vacillante, presque timide. Mais une flamme vivante.
Nous devions la porter. La transmettre. L’emmener au-delà de ces murs.

Ce geste, d’une simplicité bouleversante, portait en lui toute une philosophie.

Car en Afrique, il existe un mot pour dire cela : Ubuntu.
Je suis parce que nous sommes.

Alors j’ai compris.

Soigner, ce n’est pas seulement un acte technique.
C’est un engagement envers l’autre.
Une fidélité à l’humain, jusque dans ses derniers instants.

Mais en quittant l’Ouganda, une inquiétude m’a accompagné.

Car chez moi, en République Démocratique du Congo, combien de vies s’éteignent encore dans la douleur ? Combien de regards se ferment sans avoir été réellement vus ? Combien de mains restent vides, faute de moyens, de formation, ou simplement de volonté collective ?

La souffrance n’est pas toujours une fatalité.
Parfois, elle est un abandon.

Et cela, aucune société ne devrait l’accepter.

Ce que j’ai vu en Ouganda n’était pas un miracle.
C’était une décision.
Une organisation.
Une vision.

La preuve que même dans des contextes limités, il est possible d’offrir une fin de vie digne, apaisée, humaine.

Alors aujourd’hui, je porte cette flamme.

Elle ne brûle pas avec éclat.
Elle ne fait pas de bruit.
Mais elle éclaire.

Elle éclaire chaque patient oublié.
Chaque soignant impuissant.
Chaque système qui pourrait faire autrement.

Et je me dis, avec une conviction devenue intime :

Peut-être que le véritable progrès de la médecine ne se mesure pas au nombre de vies sauvées…
mais à la manière dont nous accompagnons celles que nous ne pouvons plus sauver.

Alors, si un jour nous apprenons à ne plus détourner le regard,
si nos mains acceptent enfin de porter ce que nos savoirs ne peuvent résoudre,
alors peut-être…

le poids des larmes deviendra plus léger,
et la force des mains,
notre plus belle réponse.

Luc Mbumb

MPH, Inf ;

Association Nationale Congolaise des soins Palliatifs ;

Lucmbumb12@gmail.com

+2439975120

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(Please note: This has been translated by Google Translate. ehospice.com is not responsible for the quality of this translation.)

 
There are places one enters not simply with one’s feet, but with one’s soul.
Uganda was for me that suspended space between life and what eludes it. I arrived with the certainties of a caregiver. I left with silences, faces, and that strange feeling of having finally understood what “caring” truly means.

For here, medicine no longer fights against the inevitable.

It teaches us to accompany it.
In the corridors of Hospice Africa Uganda, pain is not a stifled cry; it is heard, seen, welcomed. And in this recognition, something rare is born: dignity.

I saw hands that no longer sought to save at all costs, but to soothe.

Gazes that did not flee from the end, but illuminated it with a presence.

Caregivers who understood that sometimes, curing is no longer possible… but loving always is.

And then, everything changes.
Illness ceases to be a battle.

It becomes a passage.
Bodies, weary, continue to speak in a different way.
Silences speak volumes.

And in those silences, I learned more than in many books.

I understood that pain is never just physical.
It seeps into the story of a life, into relationships, into fears, into what remains to be said and what has never been said.
This is what palliative care calls, with almost poetic precision: total pain.

But faced with this immensity, there was neither fear nor escape.

There were simple gestures.
A hand placed.

A reassuring look.

A presence that speaks a hundred words: you are not alone.

And sometimes that was enough to lighten the world.

One evening, we each received a candle.

A fragile, flickering, almost timid flame. But a living flame.

We had to carry it. Pass it on. Take it beyond these walls.
This gesture, of a profoundly moving simplicity, carried within it an entire philosophy.

Because in Africa, there is a word for this: Ubuntu.
I am because we are.

Then I understood.
Healing is not just a technical act.

It is a commitment to others.

A fidelity to humanity, even in its final moments.

But as I left Uganda, a worry stayed with me.

Because back home, in the Democratic Republic of Congo, how many lives are still extinguished in pain? How many eyes close without ever having been truly seen? How many hands remain empty, for lack of resources, training, or simply collective will?

Suffering is not always inevitable.
Sometimes, it is abandonment.

And no society should accept that.
What I saw in Uganda was not a miracle.

It was a decision.
An organization.

A vision.
Proof that even in limited circumstances, it is possible to offer a dignified, peaceful, humane end of life.
So today, I carry this flame.

It doesn’t burn brightly.

It makes no noise.

But it shines.

It shines on every forgotten patient.
Every helpless caregiver.
Every system that could do things differently.

And I tell myself, with a conviction that has become deeply personal:
Perhaps the true progress of medicine is not measured by the number of lives saved…
but by how we support those we can no longer save.

So, if one day we learn to stop looking away,
if our hands finally accept to bear what our knowledge cannot resolve,
then perhaps…
the weight of tears will become lighter,

and the strength of our hands,
our most beautiful response.

Luc Mbumb
MPH, RN;
Congolese National Association for Palliative Care;
Lucmbumb12@gmail.com
+243997512057

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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