La composition de chants comme moyen d’accès à la signification et à la mémoire

Categories: Care.

Le 20 avril à la conférence de l’Association Ontarienne de Soins Palliatifs (HPCO) c’était mon privilège  de diriger un atelier pour les travailleurs en soins palliatifs et dans les hospices.  A l’aide des techniques musicothérapeutiques  on  s’est attardé sur le soulagement du chagrin découlant du décès d’un patient.  Ce fut une séance remplie d’émotions, de vulnérabilité et de relâchement.  Y étaient réunis des infirmiers d’hospice, des gérants et des directeurs, des médecins palliatifs, des thérapeutes associés, des volontaires  et d’autres.  Ils étaient tous prêts à partager la douleur qui accompagne leur travail.  

Dans cet atelier j’ai invité chacun à porter attention à la perte d’un patient inoubliable qui aurait laissé une empreinte profonde.  On a tous noté sur papier nos souvenirs du patient, les aspects inoubliables et instructifs de la relation, et ce qu’on aimerait pouvoir dire à cette chère personne pour la remercier.  Ce partage s’est déroulé les larmes aux yeux!

On a mis nos bouts de papiers dans mon grand bol tibétain, l’instrument que j’utilise souvent auprès des mourants. A l’hommage des défunts j’ai fait sonner le bol pour signaler un moment de réflexion silencieuse.

Au cours de l’atelier on a traduit ces souvenirs en langage non-verbal et spirituel à travers la musique. D’abord, on a chacun librement retiré un bout de papier du bol pour lire quelques phrases choisies telles que « je n’oublierai jamais ton sourire lorsque je t’ai dit de te laisser aller », « je t’aime » et « tu m’as appris à quitter cette vie en paix ».  Puis, on a discuté de nos impressions de ces phrases avant de se mettre en groupes d’improvisation musicale, interprétant sur des instruments variés ces phrases touchantes. Dans la plupart des cas les participants n’avaient jamais joué de ces instruments auparavant, mais ils ont réussi quand même à s’exprimer à l’aide d’un tambour océan, d’un tube en acier « Tone Bar », ou d’un œuf rythmique « shaker ». J’ai joué une musique de fond au piano pendant cette interprétation impromptu musicale. En exprimant les sentiments relatifs à l’impact de ces vies passées, nous avons acquis plusieurs pensées et perspectives nouvelles.

On a terminé la séance en composant ensemble un chant en incorporant quelques paroles ressortant de notre heure de partage. Cette création musicale nous a permis de synthétiser des pensées disparates en un tout musical suivant un thème et des valeurs esthétiques. Cette création partagée a consolidé l’expérience du groupe.

Il n’est pas toujours facile de discuter de l’impact du décès d’un patient avec ses collègues. Dans les premiers mois de ma carrière en soins palliatifs, j’ai eu de la peine à trouver une façon de gérer personnellement mes émotions reliées aux décès de mes patients. Depuis, je commence à naviguer ces émotions à travers la musique. C’était pour moi un honneur d’être témoin de la peine ressentie par d’autres soignants palliatifs et de pouvoir vivre avec eux les larmes, les réflexions, les souvenirs et la créativité.

Sarah Pearson est musicothérapeute en soins palliatifs et en oncologie à Kitchener, Ontario. Elle est coordonnatrice du développement de programmes à la fondation Room 217. La fondation Room 217 offre des ateliers comme celui décrit ci-dessus sur les soins en musique. 

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