La proche aidance au Canada

Categories: Care.

Télécharger cet article au format PDF

La proche aidance est bien plus courante, et bien plus essentielle qu’on peut le penser. Selon Statistique Canada, 42 % des personnes de 15 ans ou plus au Canada sont des aidants ou aidantes, et plus de la moitié des femmes (plus de 8,4 millions) sont proches aidantes. Les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à remplir ce rôle, ce qui révèle un écart important et persistant entre les deux sexes à cet égard.

La différence est encore plus marquée lorsqu’on regarde les soins non rémunérés. Près d’un tiers des femmes s’occupent d’enfants, et près d’un quart s’occupent d’un adulte ayant une maladie chronique ou un handicap (ces deux proportions sont moins élevées chez les hommes). De plus, un grand nombre de ces femmes aidantes (13 %) remplissent ces deux rôles.

Le type de soins fournis diffère également d’un genre à l’autre. Les hommes ont plus tendance à assumer des responsabilités occasionnelles ou à effectuer des tâches particulières, comme l’entretien de la maison ou les travaux extérieurs. De leur côté, les femmes se chargent plus souvent des soins continus et à horaire fixe comme les soins personnels, l’organisation des rendez-vous médicaux, le soutien aux traitements et le soutien affectif – bref, des responsabilités qui exigent de la constance, de la souplesse et une force émotionnelle considérable.

En ce qui concerne le temps consacré à la proche aidance, les aidants et aidantes d’adultes ayant besoin de soins disent fournir 21 heures de soins en moyenne par semaine, les femmes fournissant 4 heures de plus par semaine que les hommes.

Si la prestation de soins peut apporter beaucoup, elle entraîne aussi des coûts réels. Plus de la moitié des personnes aidantes disent être fatiguées, et près de la moitié se disent inquiètes ou anxieuses. Ici aussi, les femmes sont plus susceptibles d’éprouver ces sentiments.

Selon une récente étude, on estime à 97,1 milliards de dollars la contribution économique des aidants et aidantes de personnes atteintes de maladies chroniques, de handicaps ou de problèmes liés au vieillissement. Alors que la population canadienne vieillit, la demande en soins ne cesse d’augmenter, ce qui met une pression croissante sur les familles, les milieux de travail et le système de santé. La pandémie de COVID-19 a mis une chose au clair : la proche aidance n’est pas une question secondaire – elle est essentielle à notre système de santé, nos collectivités et notre économie.

Pourtant, une grande partie de ce travail reste invisible. Reconnaître, valoriser et soutenir les aidants et aidantes n’est pas seulement important, c’est essentiel au bien-être et à la stabilité économique du Canada dans son ensemble.

Les chiffres en bref

  • 42 % des Canadiens âgés de 15 ans ou plus sont des aidants non rémunérés.
  • 20 % des Canadiens s’occupent d’un adulte qui a besoin de soins.
  • 56 % des personnes aidantes disent être fatiguées en raison de leurs responsabilités d’aidant.
  • 37 % se sentent dépassées.
  • 20 % se sentent déprimées
  • 83 % offrent du soutien émotionnel en plus de soins physiques.

Pris en sandwich

Treize pour cent des 42 % d’aidants et aidantes non rémunérés au Canada sont « pris en sandwich », c’est-à-dire qu’ils doivent s’occuper à la fois d’enfants et d’adultes. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’assumer ce double rôle, le plus souvent lorsqu’elles sont d’âge moyen.

Ces personnes aidantes « prises en sandwich » s’occupent le plus souvent d’une combinaison de membres de la famille; p. ex., elles prennent soin d’un parent ou d’un beau parent tout en élevant leurs propres enfants – et beaucoup s’occupent en plus de leurs petits-enfants ou de leur partenaire. Près de la moitié d’entre elles ont dit que la pandémie de COVID-19 avait augmenté le temps qu’elles consacrent à la prestation de soins. Les répercussions de la proche aidance sont considérables : 86 % des aidants et aidantes « en sandwich » disent que ces responsabilités affectent leur santé et leur bien-être, un chiffre beaucoup plus élevé que chez ceux et celles qui s’occupent uniquement d’un adulte ou uniquement d’enfants. Les difficultés les plus courantes comprennent de la fatigue, de l’anxiété et le sentiment d’être dépassé par les responsabilités.

Ces pressions se transposent également au travail. Les deux tiers des aidants et aidantes « pris en sandwich » non encore à la retraite disent que leurs responsabilités ont une incidence sur leur emploi, les obligeant souvent à modifier leur horaire, à s’absenter du travail ou à alléger leurs tâches. Les femmes, plus particulièrement, sont plus susceptibles de subir des effets négatifs sur leur bien-être, surtout lorsqu’elles doivent s’occuper de plusieurs personnes à la fois.

Les chiffres en bref

  • 13 % des aidants et aidantes non rémunérés s’occupent à la fois d’enfants et d’adultes ayant besoin de soins.
  • 86 % des aidants et aidantes « pris en sandwich » disent que leurs responsabilités d’aidant affectent au moins un aspect de leur santé et de leur bien-être.
  • 93 % des femmes et 73 % des hommes qui sont des aidants « en sandwich » disent que leur rôle d’aidant a des répercussions négatives sur leur santé et leur bien être.

La proche aidance et le travail

Les employés-aidants (ou travailleurs-aidants) constituent une grande partie de la main-d’œuvre au Canada, devant concilier un emploi rémunéré et leur rôle d’aidant non rémunéré. Et de plus en plus, beaucoup de ces travailleurs et travailleuses font partie de la « génération sandwich », devant s’occuper à la fois de leurs enfants et de leurs parents vieillissants. Sans un soutien approprié en milieu de travail, ces personnes risquent de se sentir dépassées et d’en venir à l’épuisement professionnel.

Lorsque les gens doivent gérer des responsabilités concurrentes sans la souplesse et le soutien nécessaire, les conséquences sont immédiates et mesurables. La productivité diminue, l’absentéisme et le présentéisme augmentent, et beaucoup de gens se voient obligés de réduire leurs heures de travail, de refuser des promotions, de quitter plus tôt pour la retraite ou de délaisser complètement le marché du travail. Les répercussions de la proche aidance au travail affectent plus que les employés. Les organismes eux mêmes sont confrontés à des dérangements, à un roulement de personnel plus important et à la perte d’employés possédant une expérience précieuse, le tout affectant la stabilité économique générale du Canada.

E Chaque année, la perte de travailleurs et travailleuses liées à la proche aidance représente plus de 1,3 milliard de dollars en perte de productivité – un chiffre qui devrait continuer d’augmenter avec le vieillissement de la population.

Les employeurs canadiens doivent agir de toute urgence. L’établissement de politiques et de programmes qui soutiennent les aidants et aidantes n’est plus une option c’est un investissement nécessaire pour assurer la pérennité de la main-d’œuvre, le bien-être des employés et la résilience des lieux de travail à long terme.

Les chiffres en bref

  • 66 % disent que leurs responsabilités d’aidants affectent leur emploi ou leur recherche d’emploi.
  • 35 % des aidants et aidantes « en sandwich » éprouvent des difficultés financières en raison de leur rôle d’aidant.
  • 15 % doivent diminuer leurs heures de travail.
  • 61 % d’entre eux possèdent des compétences et une expérience précieuses, et en sont à l’étape de la vie (45 à 64 ans) où leurs revenus sont les plus élevés.
  • 19 % sont aux prises avec des problèmes de santé physique et émotionnelle.

 Télécharger cet article au format PDF

______________________________________________

Sources
1.« Pris en sandwich » entre la prestation de soins non rémunérée à des enfants et à des adultes dépendants de soins : une analyse comparative entre les genres
2.Plus de la moitié des femmes s’occupent d’enfants ou d’adultes dépendants de soins au Canada
3.Supporting-Caregivers-at-Work-Infographic
4.Être aidant familial : quelles sont les conséquences?
5.Comprendre la santé mentale, la maladie mentale et leur incidence en milieu de travail
6.Making the Business Case for Investments in Workplace Health and Wellness
7.Mobilizing a Caregiver-Friendly Workplace Standard: A Partnership Approach – Gender, Health and Carer Friendly Workspaces
8.QUICK START IMPLEMENTATION GUIDE CARER-FRIENDLY WORKPLACE STANDARD

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *