Comme la vie elle-même, l’attention accordée à l’attribution d’un prix est de bien courte durée. Contrairement à la brièveté de cet instant, en tant que professionnels, notre attention envers les soins palliatifs et les derniers jours de vie des gens doit être soutenue. Plus d’un quart de million de Canadiennes et de Canadiens meurent chaque année, et la qualité de chacun de ces décès est loin d’être assurée. Dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, la mort est prévisible; pourtant, moins du tiers des patients reçoivent des soins palliatifs complets et de qualité. Lorsque la mort survient dans une région nordique ou éloignée du pays, la probabilité de recevoir des soins de qualité est encore plus faible; et pour les enfants mourants ou les personnes âgées en institution, le manque de soins palliatifs et d’expertise est déconcertant.
Croyez-le ou non, il arrive encore dans notre pays que des patients mourants se font dire de surveiller l’heure pour savoir dans combien de temps ils auront droit à leur prochaine dose d’analgésique. Que les derniers souvenirs de trop nombreuses familles au décès de leur proche soient teintés de souffrances évitables. Que des prestataires de soins ne connaissent absolument rien des soins de fin de vie. Et que des patients et des familles n’aient aucune idée qu’il existe de meilleures options.
La vie, c’est comme un vol d’avion. Dès l’instant où l’enfant naît et prend son envol, il est destiné à retourner un jour à la terre. La médecine déploie son énergie à prolonger la durée du vol, à en accroître la vitesse et l’altitude, et bien sûr à en réduire la turbulence. Imaginez un pilote de ligne qui sortirait de la cabine de pilotage juste avant la fin du voyage pour annoncer qu’il ne peut plus piloter. Ce serait tout à fait inadmissible puisque nous nous attendons à juste titre à un atterrissage sécuritaire et exécuté avec professionnalisme. Dire à nos patients que nous ne pouvons plus rien faire pour eux, c’est comme quitter la cabine de pilotage. Nous avons oublié que, par nature, la vie comme le vol doivent nécessairement connaître une fin. Nous avons oublié que si la guérison est hors de portée, le confort du patient demeure toujours accessible. J’aimerais pouvoir dire à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens qu’ils devraient s’attendre à de meilleurs soins de fin de vie, qu’ils méritent mieux. J’aimerais leur dire que nous sommes conscients de leur peur et que nous les conduirons à une belle mort. J’aimerais leur dire que les médecins du Canada sont prêts à s’engager à leur fournir des soins palliatifs empreints d’expertise et de compassion… jusqu’à l’arrêt complet de la vie.






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