Noël en septembre

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L’émondage de l’arbre, les biscuits faits pour l’occasion, le gâteau aromatisé au rhum, l’assemblage du train électrique de grand-papa, la messe de minuit –ce fut le temps préféré de l’année pour mon père. J’ai le souvenir si vif de mon père chantonnant constamment pendant le temps des fêtes. Il n’avait jamais appris à jouer d’un instrument mais comme il aimait chanter ! Même s’il faussait les notes il allait chantant allègrement ! Il lui fallait chanter ses cantiques de noël !

Les deux chants qu’il adorait le plus étaient L’enfant au tambour et Voici noël. Chaque année nous regardions en famille la version animée de L’enfant au tambour à la télé. Une fois j’ai vu que mon père larmoyait en chantant en même temps que le petit tamboureur jouait sur l’écran. Il chantait pour son Sauveur. La douce mélodie de ce chant semblait toucher profondément son esprit.

La veille de noël on allait à la messe de minuit et mon père finissait toujours par somnoler durant le culte. Le fait qu’il avait bu un peu trop de lait de poule et qu’il faisait tard l’appesantissait, mais dès la première note d’un cantique il s’éveillait d’un bond et se mettait à chanter de tout cœur en même temps que la chorale. On entendait résonner sa voix dans notre vieille église de paroisse lorsqu’on chantait Voici noël. J’étais persuadée que tout le voisinage devait être en train de se réveiller à minuit au son de la voix de mon père !

Pendant les fêtes de noël 1998 mon père a dû aller à l’hôpital. Il souffrait de la leucémie et, sachant que qu’il n’en avait pas pour longtemps, nous sommes venus ensemble en famille à son chevet le jour de noël. Je lui ai donné son cadeau de noël. C’était une décoration d’arbre de noël, un petit enfant au tambour que j’ai acheté chez Hallmark pendant une sortie au centre d’achats cette année-là. Il l’a accroché au petit téléviseur d’hôpital en face de son lit, sans dire un mot, retenant à peine ses larmes.

Papa a repris ses forces au cours des quelques mois suivants mais en septembre 1999, le cancer qui l’avait si longtemps assailli finit par le vaincre. Il a sombré dans un coma durant la nuit et nous avons compris que la fin ne tarderait pas. Tous assemblés autour de son lit au Grand River Hospital à Kitchener, les larmes coulant, on a chacun fait ses adieux. Ne sachant que faire face à son impuissance devant se sort inéluctable, ma sœur cadette a quitté la chambre. Trente minutes plus tard elle est revenue de chez elle un joueur de disque compact dans les bras et munie de plusieurs disques remplis des chants de noël que mon père chérissait.

Ma soeur était convaincue que malgré son inconscience l’esprit de mon père serait soulagé par samusique de noël. Pendant que le dernier numéro jouait la respiration de mon père s’est tranquillement ralentie et il a pris son dernier souffle accompagné de son cantique préféré Voici noël. Le médecin a confirmé le décès et on s’est tenu la main autour du lit en chantant à  pleine voix la dernière strophe de Voici noël :

                               Voici Noël! ne craignons pas, Car Dieu nous dit: Paix ici-bas!

 Mon père est en paix et l’ornement de l’enfant au tambour se trouve maintenant accroché à l’arbre de noël chez moi. Ce cantique de noël nous est légué comme souvenir de lui à travers ce petit bonhomme suspendu à l’arbre. L’image de mon père continue à se présenter à mon esprit à chaque fois que j’entends Voici noël et de notre noël en septembre. 

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